Désherbage du maïs et protection de la ressource en eau
Quelle stratégie de désherbage déployer en maïs pour protéger la ressource en eau tout en maintenant la performance économique de la culture ?
Les essais menés dans quatre régions maïsicoles de France montrent l’intérêt des itinéraires combinant désherbage chimique et mécanique. Mais ils ne sont pas réalisables tous les ans, préviennent Jean-François Meynet, responsable agronomique chez BASF, et Valérie Bibard, spécialiste du désherbage chez Arvalis-Institut du végétal.
Depuis des années, BASF travaille des itinéraires durables de désherbage des cultures de printemps à base de DMTA-P, une molécule qui entre dans la composition de plusieurs de ses herbicides.
Cette démarche répond en particulier aux attentes des agriculteurs dont les exploitations se trouvent sur des aires d’alimentation de captages d’eau potable, dits prioritaires. Pour leur apporter des réponses concrètes, BASF mène des essais permettant de comparer les performances de différents programmes de désherbage
En 2021, BASF a mené avec Arvalis-Institut du végétal des essais dans quatre régions maïsicoles : Pyrénées-Orientales, Alsace, Rhône et Charente-Maritime. L’objectif était de tester différents itinéraires de désherbage du maïs à base de DMTA-P et d’en évaluer les résultats selon différents critères : agronomiques, environnementaux, économiques et d’organisation du travail.
Les essais ont permis d'évaluer quatre programmes de désherbage.
Pour calculer le bilan énergétique d’une culture, on compare l’énergie qu’elle consomme et celle qu’elle produit. Côté consommation, on prend non seulement en compte l’énergie primaire (carburant, intrants…) mais aussi l’énergie nécessaire à la fabrication du matériel agricole et des intrants. Côté production d’énergie, on prend en compte la biomasse produite. Une bonne efficience énergétique nécessite ainsi à la fois la maîtrise des charges et le maintien d’une production importante.
Dans cette étude, on constate un impact minime de la modification des stratégies de désherbage sur le bilan énergétique.
- La réduction des usages de produits herbicides est globalement compensée par l’augmentation des consommations de carburant dues au binage.
- Les rendements sont peu impactés par les stratégies de désherbage choisies, les conditions de l’année ayant été globalement favorables aussi bien aux interventions chimiques qu’aux interventions mécaniques.
Dans d’autres conditions, les résultats auraient pu être différents. Supposons, par exemple, des conditions météorologiques qui n’auraient pas permis un second binage. On peut penser que, dans ce cas, les modalités avec binage auraient obtenu un rendement inférieur, diminuant d’autant la production d’énergie brute.
C’est sur ce terrain que les différences entre les stratégies sont le plus flagrantes.
La localisation de la pré-levée par herbisemis permet d’économiser un passage en couplant le désherbage avec l’opération de semis.
>> La technique de l’herbisemis : témoignages d’agriculteurs
Le binage réclame des conditions spécifiques :
Bineuse : avec ou sans guidage ?
Dans cette étude, nous avons travaillé avec une bineuse classique 6 rangs. Une bineuse équipée d’un système de guidage par caméra ou par GPS augmentera le coût du désherbage (+ 14 €/ha pour un double binage guidé) mais permettra de réduire les temps de travaux (28 min / ha soit - 39%) en permettant de biner à une vitesse supérieure, avec un confort accru et en réduisant fortement les risques de pertes et/ou casses de pieds de maïs.
Les essais seront renouvelés en 2022 avec des modalités comparables. Nous espérons des conditions climatiques différentes pour pouvoir affiner nos conclusions.
<p><b>Avis d’expert – Les conseils de Valérie Bibard, spécialiste du désherbage du maïs chez Arvalis-Institut du végétal.</b></p><p><br>Les essais que nous avons menés montrent que les différentes stratégies de désherbage du maïs se valent en termes d’efficacité et de coût quand les conditions sont favorables au binage, comme ce fut le cas en 2021. </p><p>Le désherbage localisé sur le rang au semis (technique de l’herbisemis) permet de sécuriser l’efficacité du désherbage sur le rang dès la prélevée tout en baissant les IFT. Nous savons que cette période est cruciale pour le développement du maïs. C’est le moment où la concurrence avec les adventices peut être très préjudiciable au rendement.</p><p>La gestion de l’interrang par binage donne de bons résultats lorsque celui-ci est suivi de plusieurs jours secs et sous réserve que le maïs recouvre l’interrang, interceptant ainsi la lumière et empêchant de nouvelles levées d’adventices. Il est souvent nécessaire de réaliser au moins deux binages pour avoir un résultat satisfaisant. Selon le type de sols des parcelles et les conditions météorologiques, il peut être difficile de trouver les bonnes fenêtres pour intervenir. Pour aider les agriculteurs, nous sommes en train de développer un outil permettant d’évaluer le nombre de jours disponibles pour réaliser un binage selon les conditions pédoclimatiques régionales.</p><p>Les conditions n’étant pas favorables tous les ans, il faut rester pragmatique. Un itinéraire mixte – application d'herbicide localisée sur le rang avec binages – représente une option raisonnable mais pas universelle. Il ne faut pas s’interdire de recourir à une application herbicide en post-levée si les conditions ne sont pas remplies. </p>
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